Élève Google : 2/10 en version latine !

Grande nouvelle pour tous ceux pour qui la version s’apparente à un supplice chinois particulièrement sadique : Google vient à leur rescousse ! La fonction « traduction » du célèbre moteur de recherche américain vient en effet d’ajouter le latin à la longue liste des langues qu’il est capable de traduire !

Grande nouvelle ? Cela reste à prouver ! Car encore faut-il évaluer les talents de l’élève Google ! Sera-t-il un traducteur hors pair, capable de déceler la plus subtile nuance dans un texte de Cicéron ou de César, ou va-t-il commettre les bévues et distractions les plus énormes ?

Passons-le à un test simple : le texte suivant a été donné en version à des élèves de 3ème année, qui se sont fort honorablement sortis de l’exercice. Il s’agit de l’inscription funéraire exposée au Musée du Cinquantenaire et dont vous trouverez la photo dans un article d’il y a quelques semaines :

T. Pactumeio Romano alumno dulcissimo, qui uixit annis VIII, mensibus sex, diebus XXVII, bene merenti, fecit T. Pactumeius Pistus.

Un texte relativement simple, dont voici une traduction assez littérale :

T. Pactumeius Pistus a fait (cette tombe) pour T. Pactumeius Romanus, un enfant très doux, qui a vécu 8 ans, six mois et 27 jours et fut bien méritant.

Passé à la machine, que devient notre texte en « français Google » ? Ceci :

T. doux Pactumeio de l’enfant en foyer nourricier romaine, qui a vécu pendant 8 ans, six mois, les jours du 27, qu’il mérite, il a fait Titus Pactumeius des boulangers.

Vous y comprenez quelque chose ? Moi non plus ! Mais, sans vouloir jouer les Socrate, au moins, vous savez que vous n’y avez rien compris ! Google, notre cher élève, est bien entendu incapable d’apprécier la valeur de sa traduction !

Mais que se serait-il passé si Google avait été un véritable élève et que cette traduction qu’il vient de nous soumettre (beaucoup plus rapidement que n’importe quel autre élève, il faut l’avouer) avait été effectivement cotée ? Soumettons-le au jugement d’une grille d’analyse destinée à évaluer les qualités et les défauts d’une traduction :

  • A-t-il effectivement produit une traduction du texte latin ? En d’autres termes, a-t-il respecté le sens des mots, leur place dans la phrase, leur genre et leur nombre, les structures du texte, le temps des verbes ? Clairement, non à toutes ces questions ! Par exemple, il traduit « Pistus » par « des boulangers » : en faisant cela, il prend un surnom pour un nom de métier, le traduit comme un complément du nom alors qu’il est sujet et le met au pluriel alors qu’il est singulier ! Et c’est loin d’être la seule erreur du même style…

Évaluation : I (insuffisant), soit l’évaluation la plus basse, car les erreurs sont tellement nombreuses que l’essentiel du sens de ce texte en est altéré.

  • Sa traduction est-elle logique ? A-t-elle un sens ? Ne comporte-t-elle pas de contradictions ? En fait, c’est la carence qui saute le plus vite aux yeux : cette traduction n’a pratiquement aucun sens ! Seuls certains morceaux veulent effectivement dire quelque chose. Mais imaginez si vous aviez dû comprendre ce texte sans l’aide de la traduction correcte et demandez-vous si vous l’auriez compris…

Évaluation : I (insuffisant), parce que l’essentiel de la traduction ne rime tout simplement à rien.

  • Sa traduction est-elle rédigée dans un français de qualité ? Y a-t-il des fautes d’orthographe, de grammaire ? La ponctuation est-elle utilisée correctement ? C’est le critère le moins catastrophique : à part une faute de genre (un foyer romaine) et une lourdeur certaine, il n’y a pas de fautes de français. Ca n’a rien à voir avec le texte latin, ça ne veut rien dire, mais en français.

Évaluation : B (bien), parce que sans être parfaitement rempli, ce critère ne souffre pas de beaucoup de carences.

Et au total ? Les deux premiers critères m’obligent à mettre l’élève Google en échec, même si le respect de l’orthographe et de la grammaire le sauve d’un zéro : nous mettrons donc F (faible) et traduirons cela par un 2/10 encore plutôt généreux…

Les conclusions ? D’abord qu’il est inutile de compter sur Google pour vos devoirs de version, à moins de décider dès le départ que vous voulez un échec. Ensuite, surtout, qu’il n’existe à l’heure actuelle qu’une seule machine capable de relever le défi d’une vraie belle traduction, latine ou autre, et que cette machine ne coûte rien : c’est votre propre cerveau !

Alors, quand vous peinez à la tâche et que vous avez l’impression de ne rien comprendre, dites-vous que vous comprenez infiniment mieux que tous les programmes du monde !

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