Praeco Augustus – l’actualité antique du mois d’août

Ce n’était pas une surprise, mais l’effet reste le même face à cette évidence : nous sommes le premier septembre ! Pour des milliers d’élèves (et de professeurs…), le rythme des journées s’apprête à radicalement se modifier. Aussi, pour assurer la transition en douceur, je vous propose de nous retourner un instant encore sur les derniers jours et de faire le point sur l’actualité antique de ces deux dernières semaines.

  • L’Antiquité en questions :

La rentrée est la période de toutes les polémiques : rentrée politique et crise institutionnelle, rentrée littéraire et culture commerciale, rentrée scolaire et question des inscriptions… Les langues anciennes seraient-elles un domaine préservé des débats, abritées derrière leurs millénaires ? Bien sûr que non ! Tant qu’elles garderont une place dans notre monde, elles continueront à être interrogées de toutes les manières possibles.

Interrogées sur la place qu’il faut leur laisser dans notre enseignement, par exemple. Le latin n’a plus (trop) été remis en cause en Belgique ces derniers temps, mais la question ressurgit maintenant en France : j’en ai déjà parlé, la formation des professeurs de latin et de grec va être réformée, et pas dans un sens qui plait aux défenseurs de ces matières ! Il est question d’alléger les exigences de l’évaluation, ce qui représente une façon détournée d’affaiblir la qualité de l’enseignement. L’Express revient sur cette polémique dont on reparlera certainement.

Interrogée, l’Antiquité l’est aussi sur la place qu’il faut lui laisser dans notre espace public. C’est que Rome nous a légué des traces matérielles qui subsistent encore, ça et là, dans nos paysages. Ces monuments représentent souvent un atout touristique (on le verra plus bas), mais les exigences de leur préservation suscitent parfois des réactions. La preuve par deux cas récents. Le premier concerne les célèbres arènes de Fréjus, en Provence : le Figaro nous explique les projets de rénovation de la mairie et, surtout, les âpres discussions qu’ils suscitent, puisqu’il s’agit tout simplement de rendre le lieu à nouveau utilisable pour des spectacles à coup de béton armé ! Les spécialistes craignent une défiguration irréversible de ce qui reste l’un des plus importants témoignages de la culture romaine dans cette région. Le second nous ramène chez nous et fait moins de vagues, mais prouve que si le monde moderne peut s’attaquer à l’Antiquité, l’inverse est parfois vrai : le Nieuwsblad se fait ainsi l’écho des désagréments provoqués par des découvertes archéologiques à Maasmechelen. Un important chantier y est prévu, mais, comme souvent, des fouilles préalables ont été menées et, cette fois, ont amené à des découvertes intéressantes : poteries, urnes, une tombe avec des restes de crémation, peut-être des traces d’habitation en perspective… Mais pour le vérifier, il faudra fouiller encore. D’où un certain retard dans les travaux (au moins trois mois) et un surcoût de 460 000 euros. Ici, personne ne conteste la nécessité de préserver ces vestiges des cultures passées, mais on se doute que tout le monde n’en sera pas heureux…

Interrogée, l’Antiquité l’est encore quand il s’agit de protéger ces vestiges une fois découverts et exposés au public : c’est un rappel assez douloureux de cette réalité qu’un musée de Maastricht vient de vivre, comme le rapporte le site de la télévision néerlandaise NOS. Un buste de l’empereur Septime Sévère y a en effet été volé en novembre dernier, sans que l’on ait depuis retrouvé la moindre trace de son sort. Pourquoi en parler si tard ? D’après l’assureur de l’objet, l’espoir restait que celui-ci n’ait pas encore été vendu, et une attention médiatique trop importante risquait de diminuer les chances de le retrouver. Entretemps, le vol a été signalé dans la banque de données internationale qui organise la traque de ces méfaits et les mesures de sécurité du musée ont été renforcées, mais le mal est fait, et on peut encore et toujours se demander comment concilier la préservation de l’héritage antique avec le droit du public à en profiter.

Interrogées, les disciplines du monde antique le sont enfin par leurs propres spécialistes : le journal suisse le Temps rapporte ce congrès organisé récemment autour de l’une des branches les plus fécondes de l’archéologie de ces dernières décennies, la papyrologie. Étudier les papyrus, c’est très bien, mais qu’est-ce que ça peut avoir de si révolutionnaire ? Tout simplement, cela permet de faire des découvertes que d’autres secteurs de la recherche n’avaient jusqu’ici pas permises : les papyrus étaient en effet d’un usage très courant dans un monde qui ne connaissait pas encore le papier. Ils permettent donc d’aller bien plus loin dans la recherche que les inscriptions officielles ou funéraires : documents administratifs, lettres privées, copies d’oeuvres connues, voire exemplaires uniques de grands auteurs (comme Aristote, dont on a retrouvé un traité entier jusqu’alors perdu), la moisson des papyrus est extrêmement riche. Et, au vu des techniques utilisées, elle permet à de nombreux passionnés de se prendre pour une sorte de croisement entre Indiana Jones et Sherlock Holmes… De quoi susciter, peut-être, quelques vocations ?

  • Dans tous les domaines, l’Antiquité est bien vivante !

 Mais l’Antiquité aujourd’hui, ce ne sont pas que des polémiques ! C’est aussi une façon assez étonnante de s’inscruster à peu près dans tous les domaines de l’actualité et d’y reprendre vie.

Ainsi, l’Antiquité reprend vie quand, d’après la Voix du Nord, dans les ruines de la petite ville française de Bavay, on peut assister à la projection en plein air de « Jason et les Argonautes », un grand classique des péplums mythologiques : voir et entendre dieux et héros à l’ombre des colonnes et des portiques (ou de ce qu’il en reste), la meilleure des 3D permet-elle de s’immerger autant dans une ambiance ?

De 3D, il est aussi question quand des archéologues doublés d’informaticiens rendent vie, là aussi, à un théâtre presque disparu grâce à l’imagerie de synthèse : d’après la Provence, c’est toute la petite ville d’Apt qui retrouve ainsi son passé enfoui depuis longtemps sous les bâtiments plus récents.

Mais les résurrections ne sont pas toujours virtuelles : c’est très concrètement que les archéologues turcs qui ont fouillé le site d’Antandros envisagent de rééditer le voyage d’Énée. Pour rappel, Énée est ce prince troyen qui, fuyant sa ville détruite par les armées grecques (et leur fameux cheval de bois) est parti, avec les dieux protecteurs de la cité, fonder pour les rescapés une nouvelle patrie, qui se révélera être Rome. D’après Virgile, qui a chanté cette histoire dans l’Énéide, son héros serait parti du port d’Antandros, précisément. Aussi, quoi de plus naturel, pour les découvreurs de ce site, que de prolonger le voyage sur les traces d’Énée ? C’est le site d’information turc Today’s Zaman qui nous en offre les détails.

Toute aussi concrète, l’expérience proposée aux touristes de passage à Rome : combattre comme un véritable gladiateur dans une école spécialisée ! Selon l’agence de presse AFP, c’est ainsi qu’une association locale entend rendre plus vivante la découverte de l’antique capitale à ses visiteurs. Le prix n’est pas modique, mais nul doute que le souvenir sera plus durable que celui d’une carte postale !

Retrouver vie, le monde antique le fait aussi chez les plus jeunes, et par des voies parfois détournées : le site spécialisé Jeuxvideos.com signale ainsi la sortie annoncée d’un MMORPG (ou, pour les Béotiens, un Massively Multiplayer Online Role Playing Game, soit un  jeu de rôle à jouer en ligne avec de très nombreux autres concurrents connectés) centré autour de la mythologie grecque, et plus particulièrement de la lutte entre les dieux olympiens et les Titans. Je ne garantis pas l’exactitude des références mais, après tout, c’est une porte d’entrée comme une autre…

Pour les parents anxieux cependant de ce genre de loisirs, Ouest-France nous rassure avec cet article sur la passion intacte des enfants pour la mythologie : même si elles sont parfois crues ou violentes, les légendes grecques et les classiques qui les racontent suscitent toujours l’enthousiasme des jeunes lecteurs. Il n’y a aucune raison, donc, de les en priver !

Et puis, parfois, c’est l’Antiquité qui rend vie à notre monde. Le Guardian retourne dans une région du nord de l’Angleterre sinistrée par les récentes inondations qui l’ont frappée, mais dans laquelle le salut pourrait venir d’un… amphithéâtre romain partiellement déterré par ces mêmes crues ! Probablement l’une des plus importantes traces de la présence romaine dans cette région qui fut aux frontières extrêmes de l’Empire, le monument pourrait attirer les touristes comme le font déjà, pas loin de là, le mur d’Hadrien et les fortifications qui le jalonnent.

Enfin, comme s’il fallait une autre preuve que l’Antiquité peut, encore et encore, nous rendre service si on s’intéresse à elle, je livre aux férus d’économie cet article du site anglais The Market Oracle : il cherche en effet à comprendre les conséquences de la crise actuelle en se plongeant dans l’analyse d’un événement semblable survenu en 33 PCN, sous l’Empire romain naissant. J’avoue n’avoir pas comrpris grand-chose à la démonstration et être ainsi incapable d’en évaluer la validité. Mais, encore une fois, pas de doute : relire les Anciens peut toujours être utile, dans tous les domaines. Quod erat demonstrandum ! (CQFD)

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