Promenade latine dans un jardin médicinal

            On vous l’a souvent répété : faites du latin, c’est utile dans de très nombreux domaines ! Par exemple, en médecine et en pharmacie. Pour une fois, en voici une petite application très concrète.

Je vous emmène en Gaume, à l’extrême sud de la Belgique, découvrir l’un des plus beaux endroits de cette région : l’abbaye d’Orval. Et plus précisément, je vous propose une petite promenade dans le jardin médicinal qui y a été reconstitué dans les ruines : le frère spécialement affecté à cette tâche y cultivait les plantes nécessaires à la préparation de diverses potions curatives.

Chacune de ces plantes, bien entendu, y est désignée d’abord par son nom international, c’est-à-dire son nom latin. En voici un petit échantillon :

Rosa canina est le nom latin de l’églantier, arbuste commun dans nos régions et qui peut atteindre les trois mètres de haut. Encore aujourd’hui, on l’utilise en médecine ou dans l’alimentation, particulièrement pour sa grande teneur en vitamines C, vingt fois supérieure à celle des agrumes. Il sert également d’ingrédient de parfumerie.

Son nom latin se traduit dans son surnom de rosier des chiens (et dans sa traduction en néerlandais, hondsroos) : dans l’Antiquité, on croyait que sa racine pouvait guérir de la rage.

Solidago virgaurea ou solidage verge d’or est une petite plante à fleurs jaunes et aux nombreuses propriétés thérapeutiques : elle soignerait les rhumatismes, les maladies du rein et de la vessie. On en fait également des infusions aux propriétés diurétiques (comment ça, que sont des « propriétés diurétiques » ? Et bien, renseignez-vous !).

En latin, solidago signifie  je rends solide : il s’agirait d’une référence aux propriétés cicatrisantes de la plante. Quant à la baguette d’or à laquelle fait référence le terme virgaurea, il suffit de regarder la couleur de la fleur pour en comprendre l’origine. On notera que, ici encore, la traduction néerlandaise guldenroede est le calque exact du latin.

Allium ursinum pousse uniquement dans les sous-bois. Elle est connue depuis longtemps comme plante médicinale (on en a trouvé des traces jusque dans des habitations du néolithique) et, encore aujourd’hui, sa haute teneur en vitamine C et ses propriétés amaigrissantes la rendent très populaire. Par ailleurs, on peut encore la consommer comme un légume, cru, cuit, comme épice ou pour en faire du pesto.

Son nom latin signifie littéralement ail des ours : il lui vient de son odeur d’ail lorsque l’on froisse ses feuilles. Quant à la référence à l’ours, peut-être est-elle due à son milieu de prédilection ?

Scorbus aucuparia s’appelle en français le sorbier des oiseleurs. Ses fruits ne sont pas comestibles frais : pour les consommer, il faut qu’ils soient bien mûrs et cuits, auquel cas ils entrent dans la confection de confitures ou d’alcools.

Le mot aucuparia dérive du verbe aucupari, chasser les oiseaux. Quel rapport entre ce petit arbre et les oiseaux ? Tout simplement, il garde ses fruits très tard pendant l’hiver, ce qui en fait un garde-manger très prisé quand la nourriture se fait rare par ailleurs. Les oiseleurs utilisaient-ils cette particularité pour attirer leurs proies à la saison froide ? En tout cas, les fruits de ce sorbier ont longtemps été utilisés comme appât.

Publicités
Catégories : le latin et l'Antiquité dans les sciences et les technologies | Étiquettes : , , , , | Poster un commentaire

Navigation des articles

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

Propulsé par WordPress.com.

%d blogueurs aiment cette page :