Des USA à l’Europe via Arsenal et l’olympisme : en une seul phrase, et en latin !

Que pourraient bien avoir en commun la République d’Afrique du Sud, le mouvement olympique, l’Union européenne, les villes de Montréal, de Genève, de Paris ou de Détroit, les clubs de foot d’Arsenal, de Leeds ou d’Everton, le premier régiment d’infanterie de l’armée américaine, la société de production de films Metro-Goldwyn-Mayer, la mission lunaire Apollo 13, la communauté des orfèvres de Bruxelles, les grands magasins londoniens Harrod’s et des dizaines d’autres villes, états, provinces, institutions diverses dans le monde entier ?

Pas grand-chose… Mis à part d’avoir choisi, comme devise à proclamer fièrement, une phrase en latin ! Je vous propose un petit tour d’horizon des plus célèbres… et des plus inattendues :

Les célèbres :

Ars gratia artis. (MGM – Metro Goldwyn Mayer)

« L’art pour l’art », une devise pleine de défis pour une société de production de films qui, en 1924, année de sa création, devait encore prouver que le 7ème art en était bien un ! La phrase entoure le fameux lion rugissant qui inaugure tous les films produits par la société, de « Autant en emporte le vent » à « Ben Hur » en passant par « Le magicien d’Oz » ou les dessins animés de Tex Avery et Hanna et Barbera. Aujourd’hui, la société a été rachetée par Sony mais éprouve toujours de graves difficultés financières.

E pluribus unum. (États-Unis d’Amérique)

« Un seul au départ de plusieurs », la devise officieuse des États-Unis (l’officielle étant le plus récent « In God we trust ») tire son origine de l’histoire du pays, composé au départ des treize colonies anglaises de la côte atlantique que les treize bandes horizontales du drapeau américain symbolisent. Elle signifie évidemment qu’au départ de plusieurs peuples, les Américains en ont créé un seul. Aujourd’hui, la phrase peut également s’appliquer à la diversité du peuple américain, illustrée encore récemment par l’élection de son premier président noir. Pour l’anecdote, le club portugais du Benfica Lisbonne arborerait la même devise, pour des raisons bien sûr assez différentes.

In uarietate concordia. (Union européenne)

« L’union dans la diversité », la devise de l’Union européenne ressemble étrangement à celle des États-Unis. Comme cette dernière, elle signifie que l’organisation se compose de peuples différents qui collaborent sans oublier leurs spécificités. Comme « e pluribus unum », elle n’est que partiellement officielle, car des remaniements du traité européen qui l’a introduite ont évacué les symboles qui renvoyaient trop à l’idée d’un état européen : ainsi, l’hymne européen, son drapeau et sa monnaie ne sont considérés comme des symboles de l’unité européenne que dans seize états sur les vingt-sept que compte l’Union. Mais, comme la Belgique en fait partie, nous pouvons donc adopter ce « In uarietate concordia » comme devise officielle, de même que ses versions nationales : « In Vielfalt geeint », « Unis dans la diversité » et « Eenheid in verscheidenheid ».

Citius, altius, fortius. (Mouvement olympique)

« Plus vite, plus haut, plus fort » est la traduction officielle de cette ambitieuse devise. Elle invite l’athlète à dépasser ses limites pour battre des records. L’utilisation de cette phrase comme devise des Jeux Olympiques est plus vieille que les Jeux modernes eux-mêmes, puisqu’elle fut adoptée en 1894, soit deux ans avant les premiers jeux à Athènes, lors de la création du CIO (Comité International Olympique). Les deux autres grands symboles de l’olympisme, le drapeau aux cinq anneaux et la flamme, sont plus récents, puisque le premier a flotté pour la première fois sur un stade olympique à Anvers en 1920 et que la seconde n’a été allumée qu’à partir de 1936 et des jeux de Berlin. Quand on sait que c’est un empereur romain chrétien, Théodose, qui a mis fin aux derniers jeux olympiques de l’Antiquité, il est assez ironique de constater que le premier symbole de l’olympisme moderne est une phrase latine imaginée par ailleurs par un abbé.

Fluctuat nec mergitur. (Ville de Paris)

« Il tangue mais ne sombre pas », le navire parisien représenté sur le blason de la capitale française ! Au départ (XVIème siècle) devise parmi d’autres de la ville, elle ne fut officialisée qu’à la fin du XIXème siècle. Quand on connaît la réputation de prétention des Parisiens, on ne peut que s’étonner qu’ils aient adopté une devise aussi modeste…

Les méconnues :

Les états

De nombreuses autres institutions de par le monde ont adopté de la même manière des maximes latines pour emblème. Citons, à titre purement illustratif, quelques états des cinq continents : l’Afrique du sud a ainsi adopté « Ex unitate uires » (« Nos forces viennent de l’unité ») à la résonance bien particulière dans l’ère post-apartheid, le petit état centre-américain du Bélize a opté pour le poétique « Sub umbra floreo » (« Je fleuris à l’ombre »), le Canada pour un plus fier « A mari usque ad mare » (« De la mer à la mer ») en référence à la position du pays entre l’Atlantique et le Pacifique, Malte a également choisi le latin (comme beaucoup de petits états européens, d’ailleurs) avec un sévère « Virtute et constantia » (« par le courage et la constance ») et on notera encore la jolie devise de l’île Maurice, qui rappelle sa position dans l’océan indien en se qualifiant de « stella clauisque maris indici » (« l’étoile et la clef de l’océan indien »). Et ces quelques exemples sont loin d’être les seuls…

Les provinces, comtés, villes…

Toujours dans le même domaine, de nombreuses entités administratives ou villes des cinq continents s’affichent en latin. Rien qu’aux États-Unis, un nombre impressionnant d’états sont concernés : de l’Alabama à la Caroline du Sud, du Kansas à l’Oregon en passant par le Massachussetts et le Kentucky, ce sont pas moins de 22 états qui ont choisi cette langue. Et d’autres pays ont suivi cette voie : au Canada, toutes les provinces anglophones ont leurs devises en latin, de même que trois états australiens sur les cinq dotés d’une devise ou qu’une bonne douzaine de comtés et districts anglais. Et les villes sont encore plus nombreuses : de la ville algérienne d’Annaba (« Ferit et alit ») à la métropole australienne de Melbourne (« Vires acquirit eundo ») en passant par Courtrai (« Nec auro, nec armis »), Audenarde (« Prudentia duce, comite fortitudine »), Montréal (« Concordia salus »), Boston (« Sicut patribus sit Deus nobis »), Chicago (« Urbs in horto »), Detroit (« Speramus meliora ; resurget cineribus »), Le Havre (« Nutrisco et extinguo »), Marseille (« Regibus suis semper fidelis »), Nantes (« Fauet Neptunus eunti »), Dublin (« Obedientia ciuium urbis felicitas »), Venise (« Sub umbra alarum tuarum »), Glasgow (« Nisi Dominus frustra »), Londres (« Domine dirige nos ») et Genève (« Post tenebras lux »). Je ne donne pas la traduction de celles-ci : à vous de les trouver !

Et toutes les autres…

Les domaines dans lesquelles des institutions plus ou moins anciennes emploient des devises latines sont légion : clubs de foot, universités et écoles, corporations de métier, projets scientifiques, entreprises commerciales, corps d’armée, maisons royales… Puisqu’il est impossible de faire un tour exhaustif du sujet, contentons-nous d’en citer quelques-unes pour en illustrer la diversité :

Victoria concordia crescit (club d’Arsenal, Londres)

ou « La victoire grandit par l’unité », ce qui semble assez logique dans le cadre d’un sport d’équipe, mais qui est toujours bon à rappeler…

Scientia uincere Tenebras (Université libre de Bruxelles)

ou « Vaincre les ténèbres par la science » : les références à la lumière de la raison sont assez fréquentes dans les devises latines des grandes universités (l’UCL, Oxford, Yale, Harvard, McGill ou Cambridge ont également choisi le latin).

A.E. I.O.U., càd Austriae Est Imperare Orbi Uniuerso (Maison impériale d’Autriche)

ou « Il appartient à l’Autriche de dominer tout l’univers », devise qui date de l’époque où l’Autriche-Hongrie était maître de la moitié de l’Europe centrale. Évidemment, depuis, les dimensions du pays se sont un peu amoindries.

Rege duce, pro iure et honore (Ěcole Royale Militaire de Bruxelles)

ou « Avec le Roi pour guide, pour le droit et pour l’honneur », qui convient bien à une institution comme l’ERM où sont formés les officiers de l’armée belge.

Omnia omnibus ubique (magasins Harrods, Londres)

ou « Tout pour tous partout » : le slogan de ce temple londonien de la consommation, propriété de Mohamed Al-Fayed, a le mérite de la clarté.

À vous de chercher !

À vous de les trouver ! Voici trois emblèmes avec leur devise latine : trouvez l’institution qu’ils désignent et la signification de la phrase latine. J’accorderai un point formatif de bonus pour chaque bonne réponse complète.

Le premier est facile. Le deuxième vous posera probablement plus de difficultés. Quant au troisième, seuls certains d’entre vous pourront sans doute le trouver. Pour vous donner un petit coup de main, le lien ci-dessous est une mine de renseignements sur le sujet. Avec toujours la prudence d’usage quand il s’agit de Wikipédia…

http://fr.wikipedia.org/wiki/Devise_%28phrase%29

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